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En attendant…

Attendre. Rien qu’à évoquer ce mot, on en piaffe d’impatience. Lorsqu’au bout du fil, on entend la petite voix nous dire que le temps d’attente est estimé à cinq minutes, on devient fou. Quelle frustration s’empare de nous à ce moment-là.

Pourtant, on est prêt à faire la queue des heures pour voir le concert de notre chanteur favori. Ou pour manger dans ce restaurant que tous les critiques adorent et où tout le monde se bouscule. Ça n’a rien à voir dira-t-on.

L’attente peut être délicieuse. Oui, l’attente délicieuse. Celle de l’amoureux. Celle de revoir un ami qui nous est cher. Celle de ce film que l’on a envie de voir depuis tout ce temps. Celle de goûter enfin ce petit gâteau qui nous fait de l’œil dans la vitrine de ce pâtissier renommé.

Ce moment ne peut pas vous être inconnu. Ce moment tant attendu nous met en joie bien avant de le vivre. Un sourire nous inonde le visage bien malgré nous. Rien qu’à le préparer, on est tout excité, impatient. Rien qu’à y penser, on en a l’eau à la bouche. On frétille, on sautille, on tape dans ses mains, on chantonne, on sent la frénésie nous gagner. On s’emballe et c’est là tout le plaisir de l’attente.

C’est comme le calendrier de l’avent. Il prépare l’évènement. Et de manière divine. On la connaît cette impatience de l’enfance. C’est de ce plaisir de l’attente là dont je parle. Ce plaisir est précieux. Si l’on pouvait veiller à ce qu’il reste le même toute la vie. Intact. Ce même émerveillement devant le petit rien de l’existence.

On a aussi tendance à se faire des films avec l’attente. A prévoir tant et tant de choses que lorsque l’évènement tant attendu arrive, on est déçu. Ce n’est pas ce que l’on avait prévu.

L’attente est délicieuse à la condition que l’on ne prévoie pas tout mais que l’on se perde dans une douce rêverie à son sujet. Que l’on prenne du plaisir à imaginer ce que l’on va vivre, ce que l’on va ressentir. Sans attendre vraiment quelque chose de particulier justement. C’est une vague sensation, un truc lointain mais on sait que ça va être bien. On le pressent. Pas besoin de plus pour rendre l’attente délicieuse.

On ne sait plus attendre. On sort son smartphone. Et pourtant, il y a autre chose à faire dans le temps d’attente. Dans une file d’attente, dans une salle d’attente. C’est le moment de mettre ses sens en éveil. D’ouvrir grand les yeux et de regarder autour de soi. Ses semblables. Nos semblables ont toujours quelque chose à nous apprendre de nos mœurs. C’est un spectacle vivant permanent. Pourquoi s’en priver.

Ah la salle d’attente chez le docteur. Avec ces magazines d’une autre époque que l’on ne peut s’empêcher de feuilleter. A la place, un petit jeu. Pendant dix minutes, fermer les yeux et écouter les bruits autour de soi. Tous les bruits. Et les nommer dans sa tête. Le résultat est surprenant d’autant que petit à petit on entend de plus en plus de sons. On ne pense pas que l’on peut en entendre autant en si peu de temps.

Et on attend toujours. Avec ou sans raison. Plus ou moins longtemps. Parfois de manière dérisoire. Mais, l’attente fait partie de la vie.

Et, en attendant Godot, prenons plaisir à le faire. Vivons sans plus attendre.

Par Cloé Przyluski

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