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La contrainte de l’action

Est-il toujours nécessaire d’être dans le mouvement ?

Certains font de la bière, d’autres construisent des maisons, d’autres partent en voyage, nous sommes toujours en train de faire quelque chose. Nous sommes dans l’action. Nous produisons quelque chose de matériel. On fait du tangible. Du qui se voit.

Difficile de résister à l’appel de l’action. Avec toujours cette impression de ne jamais faire assez. On finit toujours par ne voir que ce que l’on ne fait pas. Par se sentir obligé de faire quelque chose pour justifier notre existence.

Et lorsque l’on décide de ne pas entrer dans la danse, on fait un choix peu évident à expliquer, encore moins à faire comprendre. Le décalage entre celui qui fait et celui qui ne fait pas est bien réel. Pas dans le même espace-temps. On peine à se comprendre. A se rencontrer.

L’un s’agite, l’autre dit stop. L’un avance, l’autre s’arrête. Il prend le temps d’y penser. Il rend son esprit disponible à ce qui est. Il laisse une chance à l’inattendu, au spontané d’émerger. C’est dans cet espace suspendu où l’on ne se laisse plus accaparer par le quotidien que se cache notre créativité. La non-action peut permettre de capter cet intangible qui fait toute la différence.

Toujours d’autres priorités que celles de s’arrêter. Si on laisse faire, il n’y a jamais le temps. Il y a toujours quelque chose à faire. Le « à faire » a la fâcheuse tendance à se multiplier. Et nous voilà à nous plier en quatre pour tout faire. La vie et son mouvement incessant accaparent toute notre attention.

La contrainte matérielle, réelle ou que l’on s’impose, occupe l’esprit, elle prend du temps et sape notre énergie. Et si nous n’avions rien à faire qu’à être ? L’urgent peut attendre, tant que ce n’est pas une question de vie ou de mort.

Il devient par contre urgent de réapprendre la légèreté de l’être. Prendre plaisir à se lever et avoir une journée entière devant soi avec rien de spécial à faire. Sans culpabiliser. C’est l’essence même de la non-action : elle n’est pas productive au sens de la société, elle n’est pas utile, pas matérielle. Surtout pas sérieuse.

S’arrêter n’est qu’un infime détail mais peut changer le cours des choses. Prendre le temps de réfléchir à ce que l’on fait. Prendre le temps de se demander si ce que l’on fait est juste. Faire, histoire de faire, quitte à brasser de l’air. Faire pour remplir le vide de nos existences. Faire à tout prix, à marche forcée, non merci.

« J’aime ne rien faire », « j’aime prendre le temps de vivre » sont des phrases prononcées sur le bout des lèvres, tout juste acceptées lorsque c’est les vacances ou le week-end. Et encore. Les sollicitations sont nombreuses et incessantes, même et surtout à ces moments-là car on est censé avoir plus de temps. Tout nous exhorte à passer à l’action.

Or, il y a un temps pour tout. Il faut parfois savoir s’éloigner des contingences matérielles. Chercher à se défaire de cet appel incessant au mouvement. Laisser loin le bruit et la fureur de temps en temps pour ne pas se laisser submerger, rester en capacité de décider ce qui est bon pour soi et explorer cette partie inconnue de soi mais terriblement créative. Trouver son rythme. Etablir ses priorités.

Faire les choses par plaisir et non pas parce qu’il faut.

Cloé Przyluski

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